.CARRE D'ART DE NIMES - MUSEE D'ART CONTEMPORAIN

Peter Doig

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Jean-Luc Nito Tél : 04 66 76 71 77 E-mail : jean-luc.nito@ville-nimes.fr

Documents joints :
- Biographie PETER DOIG

- "La résistance mélancolique"
- "Espace Charley"

 

Présentation de l'exposition

Carré d’Art - Musée d’art contemporain de Nîmes organise une exposition de l’artiste britannique Peter Doig du 3 octobre 2003 au 4 janvier 2004. Elle réunira un ensemble de 15 toiles de grand format et 8 dessins datés de 1989 à 2002, qui appartiennent dans leur grande majorité à des collections privées étrangères. Cette exposition, présentée durant l’été au Bonnefantenmuseum de Maastricht, est la première exposition monographique de Peter Doig en France.

Peter Doig est né en Ecosse en 1959 ; sa jeunesse se partage entre Trinidad et le Canada. Il ne retourne en Grande-Bretagne qu’à l’âge de vingt ans et suit des études artistiques dans un premier temps à Wimbledon School of Art, puis à Saint Martin’s School of Art entre 80 et 83. En 89-90, il reprend des études à Chelsea School of Art, après un séjour de trois ans au Canada. Aux antipodes d’une artiste comme Fiona Rae exposée récemment à Carré d’art, son parcours singulier l’isole de sa génération. Son travail émerge à partir du début des années 90, notamment grâce à une exposition personnelle à la Whitechapel Art Gallery en 1991. Peter Doig est représenté par la Galerie Victoria Miro, Londres.


Kriket (Grasshopper), 1998/99
190 x 275 cm - huile sur toile - collection particulière
courtesy Contemporary Fine Arts, Berlin

L’œuvre de Peter Doig s’impose au niveau international en concordance avec l’attention portée depuis quelque temps à une peinture figurative, qui, dans le portrait et le paysage, semble retrouver avec bonheur une figuration classique.
Dès ses premières réalisations, sa peinture s’impose comme une peinture de grand format, en dehors de toute référence conceptuelle. Nombreuses sont les toiles qui proposent une gamme de couleurs, rose, orange, vert, bleu sombre, peu commune. Les personnages, souvent isolés, sont perdus au sein d’une nature qui les domine. Les Romantiques allemands, le Symbolisme, Munch, mais aussi Edward Hopper, sont les références qui viennent à l’esprit devant ces paysages de neige et de forêt, ces effets de reflets dans l’eau, ces nuits étoilées. Outre qu’elles ne font pas directement place à un réalisme atmosphérique hérité de la peinture de plein air, ces références anachroniques - une notion avec laquelle Peter Doig joue puisque le titre générique donné à sa dernière exposition en 2002 à la Galerie Victoria Miro était 100 Years Ago [Il y a cent ans] - se trouvent immédiatement réfutées par certains des sites évoqués : terrains de sport, bordures d’autoroute, immeubles, aux connotations plus contemporaines. Le simple fait que Peter Doig ait peint avec régularité l’Unité d’habitation de Briey-en-Forêt, ensemble célèbre de Le Corbusier, où il est tenté d’acquérir un appartement tant son intérêt est grand, montre que ces paysages – il n’y a aucun véritable rendu descriptif dans ces vues, les paysages sont souvent noyés dans la nuit ou dans des halos de lumière et de brume - sont surtout un contexte, une sorte de marqueur du malaise vécu par l’homme réduit à l’étonnement et le trouble devant son inadéquation face à une nature idyllique où sa place ne va plus complètement de soi.


Concrete Cabin West Side, 1994
200 x 275 cm - huile sur toile - collection particulière, Londres

 

Dans l’œuvre de Peter Doig, on n’a que rarement un accès direct au paysage. Le papillonnement des flocons ou des étoiles, le labyrinthe des branches contiennent fréquemment une maison, qui évoque l’homme dans un effet métonymique où le contenant est pris pour le contenu. Toutes les habitations dépeintes par Doig, de la maison « naïve » bâtie en pleine nature par celui qui l’habite à l’habitat normé de Le Corbusier, expriment une sorte d’économie des besoins, déterminée intuitivement dans le premier cas ou doctement analysée dans le second. S’il y a du romantisme, il n’y a pas d’épanchement dans l’atmosphère contenue de ces œuvres. Cette distance, particulièrement sensible dans certaines des dernières toiles composées par bandes horizontales superposées, où règnent le silence et le calme, ne diminue en rien l’engagement et l’authenticité d’une peinture qui n’a rien de critique.

La plupart de ces œuvres ont une référence autobiographique, leur composition exploite des sources photographiques variées : photos de famille, films d’horreur, journaux, cartes postales, dépliants touristiques, pochettes de disques… Plusieurs d’entre elles peuvent être combinées au sein de la même œuvre.


Le parcours de l’exposition

L’œuvre de Peter Doig s’organise autour de plusieurs grands thèmes qu’il développe de façon autonome et régulière souvent sur plusieurs années : la maison dans les branchages, le reflet dans l’eau, et surtout celui du canoë, symbole de mort. S’il est une adaptation libre de la chronologie, le parcours de l’exposition vise à rendre perceptible la récurrence de ces thèmes et s’organise particulièrement autour de la série des Concrete Cabin représentée dans l’exposition par quatre peintures et deux dessins datés de 1991 à 1996.

La première salle est centrée sur trois œuvres, Milky Way, Charley’s Space, Red Deer, peintes entre 1989 et 1990, à un moment où s’affirment certains paramètres de la recherche de Peter Doig : le large format - un choix qui ne se démentira pas - ; les harmonies colorées affirmées, bleu, orange ; le pointillé (neige, étoiles, pelage des daims) qui remplit l’espace d’un réseau extrêmement dense de marques picturales, une répétition du geste qui l’entraîne plutôt du côté du naïf et de l’art brut que de la sophistication post-moderne.
Charley’s Space, qui donne son titre à l’exposition, adjoint à une vue de maison sous la neige dans les bois un cercle violet lui-même porteur de petites planètes jaunes et blanches. C’est à cette forme abstraite qu’est dévolue la fonction d’introduire dans la peinture l’atmosphère nocturne et contenue, de marquer le romantisme, l’affect dans l’œuvre. Une dizaine d’années plus tard, la succession des bandes horizontales dans 100 Years ago (Carrera) sera essentielle dans la transcription de la mélancolie.
Peter Doig, au moment où étudiant au Chelsea School of Art il commence son œuvre, s’établit consciemment en dehors des recherches picturales en cours. Il affirme la peinture comme une activité décalée par rapport au monde contemporain, d’où son acceptation de références « hors du temps », tel Van Gogh, perceptible dans le choix du sujet de Milky Way, 1989-1990, (la Voie lactée) ou dans la composition de Young Bean Farmer, 1991, proche du Semeur de 1888 qui illustre une cosmogonie plus que la simple expression de l’artiste, en relation avec l’expérience du paysage vécue par Doig confronté dès sa jeunesse à des climats et des environnements hors du commun.

Blotter, 1993
249 x 199 cm - huile sur toile
Board of Trustees of the National Museums & Galleries on Merseyside
The Walker Art Gallery, Liverpool

A partir de 1990, le motif du canoë (ici, Ghost Canoe, 1991) apparaît comme l’une des premières représentations d’un espace dense chargé d’arbres. Cet espace, totalement lisible bien que répété, traduit l’enfermement, la lenteur d’une situation où tout se redouble, où le réel comme le reflet ont exactement le même traitement. Cet enfouissement est repris dans la série des Concrete Cabin qui montre l’Unité d’Habitation de Briey-en-Forêt, de biais derrière un rideau d’arbres qui la cache presque complètement. Si l’œuvre de Le Corbusier est clairement affirmée dans ses principes modernistes (structure de grille, couleurs primaires), elle apparaît dans une situation limite où se retourne l’optimisme conquérant d’une architecture qui devait répondre à toutes les aspirations de l’homme, dépeinte comme engloutie par la nature.

La salle suivante s’organise autour d’une œuvre de 1993, Blotter (Buvard), emblématique du traitement pictural comme de la situation de la figure dans l’œuvre de Peter Doig. Cette appellation étrange renvoie selon les propos de l’artiste à l’absorption de la peinture par la toile, mais aussi à la concentration de la figure isolée, qui éprouve du pied la glace d’un étang. Comme dans les scènes de ski et les paysages de montagne peints entre 1993 et 1997, la gamme de couleur, dans les roses, fait référence aux couleurs utilisées par Monet dans ses paysages de Norvège. Blotter inaugure un cadrage plus ouvert où les espaces souvent incurvés sont l’un des vecteurs de la distance mais aussi d’un temps arrêté, un équilibre précaire prêt à céder. Le même silence émane de Figure in Mountain, 1997-1998 où une figure en anorak, de dos, dessine la montagne. Le premier plan sombre renforce encore pour le spectateur l’impression de barrière, alors que le traitement du reflet sur le vêtement intègre le personnage au paysage qu’il dépeint.


Camp Forestia, 1996
83 x 68 cm - huile sur papier - collection particulière, Münster


Charley’s Space, 1990
182,5 x 126 cm - huile sur toile - collection de l’artiste
 

La cinquième salle regroupe des œuvres comprises entre 1996 et 1998. Toutes présentent une variation sur le thème de la maison américaine, né de clichés pris par Peter Doig lui-même. Comme Concrete Cabin, Camp Forestia, organisé autour du reflet, illustre une situation de marge, celle d’un habitat isolé dans la nature. Comme les romans de Jim Harrison, ces huiles sur papier confrontent la représentation idyllique d’une vie naturelle aux frottements d’une conscience contemporaine. Dans Kriket (Grasshopper), 1998-1999, la composition dirige le regard vers l’isolement d’une maison fermée ou abandonnée. Daytime Astronomy, 1997-1998, est remarquable par l’étrange lumière qui divise exactement le tableau en son milieu entre un premier plan nocturne et un ciel clair sur lequel se détache des arbres fantomatiques traités en blanc.

Dans la dernière salle, 100 Years ago (Carrera), 2002, est sans doute l’une des représentations les plus abouties de la mélancolie. Le thème du canoë, tiré de la scène finale du film d’horreur de Sean Cunningham Friday the 13th photographiée par Doig à partir d’un téléviseur, apparaît pour la première fois dans son œuvre en 1987. L’anachronisme du titre par rapport à son image – le personnage, une pop star des années 60, n’est pas si éloigné - renvoie la modernité que le personnage représente, à un temps maintenant hors d’atteinte alors même que le contexte choisi, une île-prison au large de Trinidad, décrit l’élan vers la liberté comme un mouvement arrêté. Il n’est pas sans évoquer le symbolisme de L’Île des morts de Arnold Böcklin. Si 100 Years ago (Carrera) rencontre les mythes éternels, Sans titre (GP) ou Girl in white in trees, 2001-2002, dont les sources sont une pochette de disque et une photo de l’entrée d’un passage piétonnier dans une banlieue pour l’un, et pour l’autre une photo de sa fille, soulignent dans son œuvre la confiance de Doig dans une peinture narrative.


Figure in Mountain Landscape, 1997/98
289 x 199,5 cm - huile sur toile - collection particulière, Londres


Liste des oeuvres exposées

. Milky Way, 1989/90
152 x 203,5 cm - huile sur toile - collection de l’artiste
. Red Deer, 1990
237,5 x 186,2 cm - huile sur toile - Arts Council Collection, Hayward Gallery, Londres

. Charley’s Space, 1990
182,5 x 126 cm - huile sur toile - collection de l’artiste
. Ghost Canoe, 1991
61,3 x 73,6 cm - huile sur toile - collection particulière
. Young Bean Farmer, 1991
186 x 199 cm - huile sur toile - Warren & Victoria Miro
. Concrete Cabin, 1991
200 x 240 cm - huile sur toile - Leicester City Museums Service
. Concrete Cabin II, 1992
200 x 275 cm - huile sur toile - collection particulière
. Unité, 1992
83 x 68 cm - technique mixte sur papier - collection particulière, Brême
. Blotter, 1993
135 x 28 cm - huile sur papier - collection Manfred P. Herrmann, Berlin
. Blotter, 1993
249 x 199 cm - huile sur toile
Board of Trustees of the National Museums & Galleries on Merseyside
The Walker Art Gallery, Liverpool
. Untitled (American House), 1999
42 x 59,5 cm - huile sur papier - collection particulière, Brême
. Girl in White with Trees, 2001/02
300 x 200 cm- huile sur toile - collection de l’artiste

. 100 Years Ago (Carrera), 2002
240 x 360 cm - huile sur toile - Centre Georges Pompidou, Paris Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle
. Concrete Cabin West Side, 1994
200 x 275 cm - huile sur toile - collection particulière, Londres
. Briey (Concrete Cabin), 1994-1996
277 x 188 cm - huile sur toile - collection particulière, Londres
. Study for Camp Forestia 1, 1996
72,8 x 57,6 cm - huile sur papier - collection Bremer Landesbank
. Study for Camp Forestia II, 1996
68,6 x 50,8 cm - huile sur papier - collection Bremer Landesbank
. Study for Concrete Cabin, 1996
68,6 x 50,8 cm - huile sur papier - collection Bremer Landesbank
. Camp Forestia, 1996
83 x 68 cm - huile sur papier - collection particulière, Münster
. Daytime Astronomy, 1997/98
200 x 280 cm- huile sur toile - Warren & Victoria Miro
. Figure in Mountain Landscape, 1997/98
289 x 199,5 cm - huile sur toile - collection particulière, Londres
. Kriket (Grasshopper), 1998/99
190 x 275 cm - huile sur toile - collection particulière
courtesy Contemporary Fine Arts, Berlin
. Untitled (« G.P. »), 1999
59,5 x 42 cm - huile sur papier- collection particulière


Publications

À l'occasion de ce cette exposition, Carré d'Art - Musée d'art contemporain publie en co-édition avec le Bonnefantenmuseum de Maastricht, un catalogue bilingue français – anglais.

Peter Doig – Charley’s Space
144 pages
Environ 60 documents iconographiques imprimés en couleur
Ouvrage broché cousu collé
Les textes du catalogue sont rédigés par Paula van den Bosch, du Bonnefantenmuseum de Maastricht et Catherine Grenier, conservateur au Musée national d'art moderne - Centre Georges Pompidou, chef des collections contemporaines.
Il présentera l’iconographie complète des expositions de Nîmes et Maastricht.
Un petit Journal de l’exposition est réalisé pour présenter au public l’œuvre de l’artiste et sera distribué gratuitement aux visiteurs à l’entrée des salles.