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L'oiseau de feu d'Igor Stravinsky

Concert du vendredi 9 décembre à 9h30 Salle Berlioz du Corum

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L’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky

Du ballet aux  suites pour orchestre
Par Denis Walleckx, IAIPR de l'académie de Montpellier

La suite : le prolongement strictement musical d’un spectacle complet

La suite d’orchestre répond à la nécessité d’exploiter en concert un matériau musical conçu pour la scène. C’est pour le compositeur une manière d’assurer la survie d’une œuvre, destinée alors à être « seulement » et « véritablement » écoutée et ainsi délivrée des contraintes financières liée à la production d’un spectacle. Les liens entre la suite et le spectacle original sont cependant toujours intéressants à étudier : d’une part, les titres des mouvements évoquent les péripéties et les personnages d’un argument qu’on nous invite clairement à ne pas ignorer. D’autre part, les choix du compositeur sont toujours éclairants.

Stravinsky a écrit trois suites extraites de l'oeuvre originale, en 1910, 1919, et 1945. Il le fit en partie pour des raisons pragmatiques, pour exploiter au concert un succès de scène triomphal et pour récupérer ses droits d’auteur après chacune des deux guerres mondiales. Mais il le fit aussi pour des raisons artistiques, en critiquant selon sa propre expression « par deux fois l’oiseau de feu, dans [ses] versions révisées de 1919 et 1945, ajoutant que « ces critiques musicales directes ont plus de forces que des mots   [1] ».

L’oiseau de feu

, ballet (1910) :

o        Argument   : Ivan Tsarévitch , fils du tsar de Russie, s’aventure dans la forêt ensorcelée de l'immortel Kachtchei . Ayant aperçu un oiseau magnifique aux ailes écarlates volant autour d'un arbre riche de pommes d'or, il le capture et ne lui rend sa liberté qu'en échange d'une de ses plumes dotée de pouvoirs magiques et l’engagement de l’oiseau de lui venir en aide. Plus tard, dans la forêt, après avoir suivi treize princesses et être tombé amoureux de l’une d’entre elles,  le jeune homme est capturé par des démons et Kachtchei s'apprête à le changer en pierre. L’oiseau de feu tient promesse, et vient à son secours endormant  tous les monstres. Le soleil chasse alors les ténèbres, le palais de Kachtchei s'écroule et, avec lui, ses enchantements. Les princesses sont libres et Ivan célèbre ses fiançailles avec la belle.

o        Crée le 25 juin 1910, à l’opéra de Paris, dans une chorégraphie de Fokine (qui créa également  le rôle du prince Ivan) ;

o        Le ballet comporte 19 numéros d’une durée totale située entre 42 et 45 minutes ; l’effectif orchestral est très important, conforme à celui du grand orchestre romantique qui survivait alors (4444, 4332, importante percussion, piano, 3 harpes, une soixantaine de cordes, auxquels s’ajoutent cuivres et cloches sur scène)

1ère suite (1910)

  • Composée immédiatement après le ballet, elle est écrite,  à quelques modifications près,  pour le même grand orchestre ;

  • D’une durée de 20-22 minutes, elle s’achève sur la danse infernale.

2ème suite (1919)

  • C’est la suite la plus fréquemment jouée , écrite pour orchestre moyen (55 musiciens : 2222,4231, percussion, timbales, piano, harpes, cordes).

  • D’une durée équivalente à la précédente version (20-22 minutes), composée de 5 pièces, elle introduit dans  son découpage les pièces célèbres que deviendront la Berceuse et le Finale, au détriment de quelques extraits du premier tableau, notamment les supplications de l’oiseau de feu.

3ème  suite (1945)

  • Intitulée suite de ballet pour orchestre, elle confirme l’orchestration de 1919 à quelques détails près.

  • D’une durée légèrement supérieure aux deux autres versions (28-30 minutes), elle modifie peu le découpage de 1919, réintroduisant simplement des éléments de liaison appelés pantomimes.

A noter :

  • La section centrale du ballet (notamment le passage allant des n°11 à 15 du ballet) est ignorée par  l’ensemble des trois suites. La dualité entre le monde humain et le monde des puissances surnaturelles, symboliquement traduite par l’opposition musicale diatonisme / chromatisme, s’en trouve nettement amoindrie.

  • Le fait que la suite n° 2 soit la plus jouée ne relève pas du hasard. Son orchestration comme son découpage ont été confirmés par le compositeur. A la fois délivrée d’une exigence descriptive trop contraignante, elle met néanmoins en scène les principaux personnages et événements de l’œuvre originale.

22ème Suite (1919)

Ballet initial (1910)

1. Introduction

1. Introduction 

l'Oiseau de Feu et sa danse Variation de l’oiseau de feu

2. Le jardin enchanté de Kastchei

3. Apparition de l'Oiseau de Feu, poursuivi par Ivan Tsarévitchh

4. Danse de l'Oiseau de Feu 

 

5. Capture de l'Oiseau de Feu par Ivan Tsarévitch

6. Supplications de l'Oiseau de Feu

7. Apparition des treize princesses enchantées

8. Jeu des princesses avec les pommes d'or (scherzo)

9. Brusque apparition d'Ivan Tsarévitch

Khorovode (ronde) des princesses

10. Khorovode (ronde) des princesses

 

11. Lever du jour - Ivan Tsarévitch pénètre dans le palais de Kastchei

12. Carillon féérique - Apparition des monstres-gardiens de Kastchei - Capture d'Ivan Tsarévitch

13. Arrivée de Kastchei l'immortel - Dialogue de Kastchei avec Ivan Tsarévitch - Intercession des princesses

14. Apparition de l'Oiseau de Feu

15. Danse de la suite de Kastchei enchantée par l'Oiseau de Feu

3. Danse infernale du roi Kastchei

16. Danse infernale de tous les sujets de Kastchei

4. Berceuse

17. Berceuse (l'Oiseau de Feu)

18. Réveil de Kastchei - Mort de Kastchei - Profondes ténèbres

5. Finale

2ème TABLEAU

Pour en savoir plus :

Mireille Vial-Henninger, L’Oiseau de feu, une étape dans une trajectoire, la Suite 1919, l'Analyse Musicale n°34, novembre 1999

http://www.cndp.fr/balletrusse/pedago/oiseau.htm

[1] STRAVINSKY (Igor) An autobiography, New York, Simon and Schuster, 1936, Norton, 1962,p. 132.