Texte de Denis Waleckx, IA-IPR de l'académie de Montpellier
Création : action de créer, tirer du néant.
Dans le terme de création, il y a une connotation religieuse, divine, évidente ; la création signifie la fin du chaos ; elle sous-entend la mise en forme « D’après Pascal, l’ordre suffit à caractériser l’invention ». Dans le domaine musical, le terme composer, reprend cette nécessité d’organiser le réel puisque :
Composer : former un tout en assemblant différentes parties.
Le terme composer est néanmoins plus faible que celui de « créer », organiser les parties étant probablement plus « facile » qu’organiser le chaos, les parties étant déjà des éléments formels.
Le terme est d’ailleurs relativement peu employé, au profit de mots alternatifs, moins connotés, plus neutres ; l’exemple le plus évident est le terme employé pour les épreuves du baccalauréat, le fameux « prolongement original ».
Prolongement : action d’accroître en longueur
Créer, composer, prolonger : on est passé d’un vocabulaire à connotation divine à un vocabulaire à connotation nettement plus triviale, qui renvoie plutôt à l’architecture (presque aux Ponts et chaussées)
Seul l’adjectif « original » continue à véhiculer un peu d’« originel ».
Entre la vision de l’artiste héritée du mouvement romantique, que notre société véhicule encore assez fortement, vision dans laquelle l’artiste, véritable porte-plume de Dieu, écrit, dans une sorte de transe nécessaire, des « œuvres-mondes » et celle, moins réductrice et plus juste historiquement, de l’artiste-artisan, remettant son œuvre sur le métier pour en améliorer les termes, le choix institutionnel est clairement en faveur de la seconde. L’histoire de notre Art au XXème est d’ailleurs témoin de postures compositionnelles très diversifiées, aux modes opératoires multiples mais où l’aspect manipulatoire de la musique en général et du son en particulier est omniprésent. La focalisation des programmes de terminale sur ce XXème siècle est à ce titre très significative.
▪ création, invention, composition, production, organisation, élaboration, construction, réalisation
▪ expérimentation, manipulations, recherche sonore, projet musical, proposition, expérience, mise en jeu
▪ prolongement, arrangement, variation, développement, improvisation, etc.
Tous ces termes ne sont pas synonymes. La première ligne désigne l’objet créé, mais aussi la démarche en amont, la seconde s’intéresse au « comment » de cette démarche. Quant à la troisième ligne, elle sous-entend des relations avec un existant préalable.
Entre les deux extrêmes que pourraient constituer, en terme charge « connotative », les mots « création » et « prolongement », le souci constant, dans la rédaction des programmes, semble bien être celui d’un allégement.
Le mot « création » par exemple n’est présent que 4 fois, dont une fois pour évoquer « les relations entre l’enseignement et la création » (Cf. compétences méthodologiques)
Développement d’un matériau (expériences de compositeur et Compétences techniques)
Construction d’une forme (expériences de compositeur)
▪ Activités d’arrangement, d’improvisation, d’invention, de recherche sonore (pratiques vocales et instrumentales)
▪ Dispositifs d’organisation musicale, de composition ou d’improvisation (pratiques musicales)
▪ Production individuelle et collective (expériences de compositeur)
▪ Variation, développement, improvisation, composition, etc. (prolongement original)
▪ A propos du terme création :
▪ démarche de création (ensemble libre)
▪ outils de création (Utilisation des technologies nouvelles)
▪ A propos des termes « composition » ou « compositeur » :
▪ expériences de composition, (objectifs)
▪ vivre des expériences de compositeur (pratiques musicales)
▪ développer des qualités de compositeur (compétences)
▪ création (déclinaison du projet musical au milieu d’autres termes, interprétation, création, audition d’œuvres, Cf. compétences méthodologiques)
▪ invention « La rencontre vécue et concrète avec les œuvres, par l’interprétation, l'invention et l’écoute » (ensemble commun et approche technique)
C’est donc à une pratique décomplexée, artisanale des activités de création que nous invitent les programmes. Les jeunes élèves font des rédactions en Français, et des productions en Arts plastiques dès le plus jeune âge. Ces activités les aident dans l’appropriation des règles grammaticales, plastiques, et les encouragent dans une démarche d’expression individuelle, souvent balbutiante au départ, et qui s’affine avec le temps. La pratique habituelle de ce type de production n’est pas vécue comme le signe d’une prétention éducative inabordable, ni comme le signe d’un mépris envers les « métiers » d’écrivain et de peintre, qui gardent toutes leurs lettres de noblesse. Et, si elle n’altère en rien la qualité des chefs d’œuvre littéraires ou plastiques, elle donne probablement les moyens de mieux les approcher, sinon de mieux les comprendre.
On comprend l’enjeu de l’application pertinente de cette démarche à notre discipline.
Denis Waleckx,
Inspecteur d'académie - Inspecteur
pédagogique régional
Éducation musicale de l'Académie
de Montpellier