Interprétation

Les formations affleurant aux anciennes plâtrières de FITOU, sont d'âge liasique (Jurassique inférieur) pour ce qui est des falaises de calcaires plus ou moins dolomitisés de l'Ouest et du Keuper (Trias) pour ce qui est des marnes et argilites versicilores à quartz bipyramidés. Ces formations sont typiquement évaporitiques. Le site des plâtrières de Fitou fut une ancienne lagune au Trias et Jurassique inférieur.

C'est au sein des marnes versicolores que se trouve le gypse gris de Fitou. Le gypse est une roche tendre (dureté 2), rayable à l'ongle, de densité 2,3 d'intérêt économique certain : par chauffage à 120-130°C, celui-ci se transforme en plâtre en dégageant de la vapeur d'eau.

Cette transformation est modélisable par l'équation suivante : CaSO4,2H2O ----> CaSO4,1/2H2O + 3/2H2O

La présence par endroit de niveaux à mud cracks peut laisser entendre qu' à certains moments la lagune où se formaient les évaporites subissait des assèchements intermittants. Jules BOUIS, membre-correspondant de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales signale en 1845 la présence dans le gypse de Fitou d'une proportion non négligeable de sulfate de magnésie (voir complément). Cette observation pourrait laisser entendre effectivement que l'ancienne lagune a pu atteindre un taux d'évaporation très important ayant pu localement conduire à un assèchement temporaire. En effet la précipitation des évaporites suit un ordre dépendant du pourcentage résiduel du volume d'eau initial. Parmi les roches salines, le gypse est la première évaporite à précipiter. Elle suit en cela la précipitation du carbonate de calcium et est achevé lorsqu'il ne reste plus que 10% du volume d'eau initial. A ce stade commence à précipiter le NaCl et lorsque le volume résiduel d'eau n'est plus que de 4%, les différents sels de Potassium et Magnésium précipitent.

 

La présence de quartz bipyramidés a été signalé de longue date dans les formations du Keuper. En effet, dans sa thèse "Etudes géologiques sur le département de l'Aude" de 1887, VIGUIER mentionne que "ces cristaux dont les dimensions varient depuis une fraction de millimètre jusqu'à quelques centimètres...[doivent leur présence au fait que]... pendant le dépôt des gypses, des eaux chargées de silice ont amené dans le bassin à gypse des molécules siliceuses..." Ceci pourrait impliquer des recharges régulières du bassin lagunaire par des eaux continentales. Quoi qu'il en soit, leur incorporation aux argilites versicolores montre que ces quartz se sont formés en même temps que les évaporites. En cristallisant ils mobilisaient ainsi le silicium qui était disponible.

Outre leur intérêt économique, les formations évaporitiques ont un rôle géologique non négligeable. En effet, très peu compétentes vis à vis des contraintes tectoniques, ces roches où l'on peut observer des déformations disharmoniques, jouent le rôle de couche savon et constituent ici le niveau de décollement ayant induit la nappe de charriage des Corbières lors de la surrection des Pyrénées.

Déformations disharmoniques dans des gypses sur la route de Durban

 

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